Giselle : argument et histoire du ballet romantique

Une paysanne qui aime danser, un noble qui cache son rang, et une forêt où, la nuit venue, se lèvent des fantômes de fiancées : Giselle tient tout entier dans le contraste entre le jour d’une fête villageoise et la nuit d’un lieu hanté. Créé à Paris en 1841, le ballet a quitté le répertoire français avant d’y revenir par la Russie. Il est devenu le modèle du ballet romantique, et son parcours est presque aussi romanesque que son récit.
En bref
- Giselle est un ballet romantique en deux actes, créé le 28 juin 1841 à l’Académie royale de Musique à Paris, sur une musique d’Adolphe Adam, dans une chorégraphie de Jean Coralli et Jules Perrot, avec un livret de Théophile Gautier et Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges.
- Giselle, jeune paysanne, aime Loys, qui est en réalité le duc Albrecht, promis à une autre ; trahie, elle meurt, puis rejoint les Wilis, ces spectres de jeunes filles mortes avant leurs noces.
- Au second acte, dit « acte blanc », l’amour de Giselle protège Albrecht de la danse mortelle des Wilis jusqu’à l’aube.
- Le ballet a disparu du répertoire français, puis est revenu grâce aux versions russes de Marius Petipa, avant d’être repris à Paris en 1910 et en 1924.
Quand et comment Giselle a-t-il été créé ?
Giselle a été créé le 28 juin 1841 à l’Académie royale de Musique, salle Le Peletier, à Paris, d’après la fiche de l’Opéra national de Paris. Le ballet compte deux actes ; sa musique est d’Adolphe Adam (1803-1856).
La chorégraphie est signée Jean Coralli et Jules Perrot. La Petipa Society précise que Perrot n’était pas crédité sur l’affiche ni dans le programme, alors qu’il a réglé les pas de Carlotta Grisi, dont il était le maître. Le livret est de Théophile Gautier et de Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges. Cette dernière notice indique que Saint-Georges a produit un nouveau scénario en trois jours, en modifiant une bonne part de l’idée de Gautier.
L’idée de départ vient de lectures. Gautier avait lu De l’Allemagne de Heinrich Heine, qui décrit les Wilis comme de jeunes fiancées mortes avant leur jour de noces, et il pensait d’abord à un poème de Victor Hugo, « Fantômes », où une jeune danseuse meurt après une nuit de bal. La distribution de 1841 réunit Carlotta Grisi dans Giselle, Lucien Petipa dans le duc Albrecht et Adèle Dumilâtre dans la reine des Wilis, Myrtha.
Quel est l’argument de Giselle, acte par acte ?
Giselle raconte l’histoire d’une paysanne abusée par un noble déguisé, qui meurt de cette révélation puis sauve celui qui l’a trompée. Le fil est constant, même si les versions varient sur certains détails de la fin.
| Acte | Ce qui se passe |
|---|---|
| Acte I | Dans un village des bords du Rhin, pendant la fête des vendanges, Giselle aime Loys, qui se révèle être le duc Albrecht, déjà promis à la princesse Bathilde. Hilarion, garde forestier jaloux, dévoile l’identité d’Albrecht. Giselle découvre la vérité, perd la raison et meurt. |
| Acte II | La forêt, à minuit, près d’une tombe : les Wilis, conduites par Myrtha, se lèvent. Hilarion meurt. Albrecht, venu fleurir la tombe de Giselle, est condamné à danser jusqu’à l’épuisement, mais l’amour de Giselle le protège. À l’aube, les spectres s’enfuient et Giselle disparaît, laissant Albrecht en vie. |
La Petipa Society décrit une fin propre au XIXe siècle : Giselle demande à Albrecht d’épouser Bathilde, et il s’effondre dans les bras des courtisans.
Qui sont les Wilis, ou Willis, de Giselle ?
Les Wilis sont des spectres de jeunes filles mortes avant leur mariage, qui attirent les hommes la nuit pour les contraindre à danser jusqu’à la mort. L’Opéra de Paris les décrit aussi comme les âmes de jeunes filles délaissées par un amant infidèle, et la graphie « Willis » se rencontre à côté de « Wilis ».
Leur reine, Myrtha, les dirige. Au second acte, c’est elle qui condamne Albrecht, et Giselle, qui a rejoint les Wilis, s’interpose entre Albrecht et cette condamnation par son amour. La Petipa Society formule l’enjeu ainsi : Giselle, entraînée dans le culte des Wilis, doit choisir entre la vengeance et le pardon.
Les personnages se résument ainsi :
- Giselle, jeune paysanne, aime la danse et aime Loys ;
- Albrecht, duc de Silésie, se fait passer pour un villageois sous le nom de Loys ; la Petipa Society le décrit comme un noble au bon cœur qui aime vraiment Giselle ;
- Bathilde, la princesse à laquelle il est promis, plaint Giselle après sa mort ;
- Hilarion, le garde forestier, jaloux d’Albrecht, révèle son identité ;
- Myrtha, reine des Wilis, mène la danse nocturne.
Pourquoi Giselle est-il le ballet romantique par excellence ?
Giselle concentre les codes du ballet romantique : un amour impossible, deux actes dont le second est un « ballet blanc », le tutu long et les pointes, une atmosphère souvent fantastique. C’est l’Opéra de Paris qui énumère ces codes, et le présente comme l’ultime ballet romantique.
Le genre s’est installé quelques années plus tôt avec La Sylphide, en 1832, premier ballet entièrement dansé sur pointes d’après l’Opéra, avec Marie Taglioni. Le costumier Eugène Lami y a popularisé les longs tutus, devenus un symbole du style. La Petipa Society note que le corps de ballet vêtu de blanc de Giselle suit des œuvres antérieures comme Robert le Diable et La Sylphide. À l’acte II, les danseuses portent de longs tutus blancs, d’où le nom d’« acte blanc ».
Le ballet est né au cœur d’une époque où les bourgeois fréquentaient le Foyer de la danse pour y retrouver les ballerines. Gautier, amoureux de Carlotta Grisi, a écrit pour elle le livret de Giselle.
Comment Giselle a-t-il survécu depuis 1841 ?
Giselle a survécu grâce à la Russie : le ballet a quitté le répertoire français, puis est revenu en France par les versions de Marius Petipa, avant d’être repris à Paris en 1910 puis en 1924, d’après la fiche de l’Opéra national de Paris.
Jules Perrot a monté une production russe en 1850 au théâtre Kamenny du Bolchoï impérial, assisté de Petipa. Celui-ci a ensuite repris le ballet à plusieurs reprises, chaque fois pour une ballerine différente.
| Année | Reprise de Petipa | Danseuse |
|---|---|---|
| 1884 | Mariinsky, avec un nouveau pas de deux de Minkus et un Grand pas des Wilis élargi | Maria Gorshenkova |
| 1887 | Reprise | Emma Bessone |
| 1889 | Reprise | Elena Cornalba |
| 1899 | Reprise | Henriëtta Grimaldi |
| 1903 | Dernière reprise, dont la notation survit dans la collection Sergueïev | Anna Pavlova |
La version que l’on voit aujourd’hui au Palais Garnier est une adaptation de Patrice Bart et Eugène Polyakov, présentée comme fidèle à la chorégraphie originelle de Coralli et Perrot, avec des décors et des costumes d’Alexandre Benois. La notice de la BnF précise que cette chorégraphie a été transmise par Marius Petipa. Petipa, déjà associé à la chorégraphie du Lac des cygnes, occupe ainsi une place centrale dans la mémoire des grands ballets classiques.
Pour une autre féerie du répertoire, on peut lire notre page sur Casse-Noisette.
Questions fréquentes
Combien de temps dure Giselle ?
La version présentée à l’Opéra de Paris dure 2 h 10 avec un entracte : une première partie de 55 minutes, un entracte de 20 minutes, puis une seconde partie de 55 minutes. La durée varie d’une production à l’autre.
Que veut dire « acte blanc » ?
L’acte blanc est le second acte de Giselle, situé dans la forêt à minuit, où les danseuses portent de longs tutus blancs. L’expression désigne plus largement, dans le ballet romantique, un second acte fantastique dansé en blanc.
Qui est Hilarion, et que devient-il ?
Hilarion est le garde forestier du village, jaloux d’Albrecht, dont il révèle l’identité au premier acte. À l’acte II, d’après l’Opéra de Paris, il meurt.
Pourquoi Jules Perrot n’est-il pas toujours cité pour Giselle ?
Parce qu’il n’était pas crédité sur l’affiche ni dans le programme de 1841, d’après la Petipa Society, alors qu’il avait réglé les pas de Carlotta Grisi. Aujourd’hui, l’Opéra de Paris et la BnF citent bien Jean Coralli et Jules Perrot ensemble.
Pourquoi Théophile Gautier a-t-il écrit Giselle ?
Il était tombé amoureux de la danseuse Carlotta Grisi et a écrit pour elle le livret, selon l’Opéra de Paris. Il s’est appuyé sur ses lectures de Heine et sur un poème de Victor Hugo, avant que Saint-Georges ne réécrive le scénario.
Sources
Sources consultées le 28 octobre 2026, présentées sans liens cliquables.
- Opéra national de Paris, « Giselle », saison 2023-2024. Adresse : https://www.operadeparis.fr/saison-23-24/ballet/giselle
- Opéra national de Paris, « Giselle », saison 2025-2026. Adresse : https://www.operadeparis.fr/saison-25-26/ballet/giselle
- Opéra national de Paris, « L’Opéra au XIXe siècle », rubrique Histoire. Adresse : https://www.operadeparis.fr/apropos/histoire/lopera-au-19e-siecle
- Opéra national de Paris, programme AROP, « Giselle ». Adresse : https://arop.operadeparis.fr/en/programme/soiree/giselle-3
- BnF, catalogue général, notice « Giselle (spectacle) ». Adresse : https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb48617860k
- Petipa Society, « Giselle ». Adresse : https://petipasociety.com/giselle

